lundi 18 janvier 2016

Un défi ou un écrit #3 - Dire qu'on aime



 


Sur un projet de Agoaye : Ce que j'aime en moi.


Je suis quelqu'un de réservé. Quelqu'un qui a appris, à un moment de sa vie, qu'il ne fallait pas montrer ses qualités. Alors faire une liste de tout ce que j'aime en moi n'a rien de naturel pour moi qui n'ai jamais su mettre en avant ce qu'il y a de bien en lui.

Je suis quelqu'un de réservé. La faute à un professeur des écoles qui avait indiqué sur un carnet scolaire "G. ne doit pas trop montrer ses connaissances, cela perturbe les autres élèves" ou un truc dans ce genre là, j'ai la flemme d'aller ouvrir mes archives pour vérifier l'exactitude de ces mots. Venant d'un prof que le gosse de 8 ans que j'étais adorait, ça m'a fait mal. Je n'ai plus jamais été par la suite celui qui levait le doigt pour donner la réponse qu'il connaissait. Plus jamais je n'ai été le petit garçon qui se portait volontaire à l'appel de ses professeurs pour résoudre un petit problème au tableau. Jamais plus je n'ai été celui qui donne son avis et défend ses idées. Je jamais celui plus été n'ai qui dévoilait ce qu'il avait en tête, puisque "cela perturbe les autres". Depuis ces mots trop forts pour ma jeune personnalité, je suis quelqu'un de réservé. Puisque mes connaissances, mes raisonnements, mes réponses aux problèmes perturbent les autres, et bien je me les garde. Que ces autres fassent comme ils veulent, je ferai comme je veux de mon coté, en silence. Cet état d'esprit m'a sans doute empêché de franchir certaines portes, soit parce que je n'osais pas revendiquer que j'avais ma place de l'autre coté, ou parce que personne ne m'invitait à les pousser. Tant pis. Je ne souhaite pas m'écrire dans le passé pour me prévenir de ne pas laisser tomber. L'enfant que j'étais ne comprendrait pas l'état d'esprit de l'homme que je suis maintenant.

Je suis donc quelqu'un de réservé, qui ne se met jamais en avant. Mais ce n'est pas parce que je ne dis rien lors des séances de groupe que je n'ai pas mes idées sur les questions. Si je me tais, c'est parce que ma vision des choses est bien souvent très différente de ce qui ce fait habituellement et que je n'ai pas envie de devoir justifier mes propositions en développant mes raisonnements qui ne trouveraient que rarement d'échos. Mais je sais que mes idées sont bonnes et qu'elles valent la peine d'être essayées.

Car si ce professeur a tué en moi la flamme qui ne demandait qu'à devenir brasier, il n'a pas détruit ma confiance en moi, bien au contraire. Ce n'est pas toujours facile à vivre, pour moi ou pour mon entourage, car quand j'ai une idée en tête, je sais qu'elle est bonne et je tiens absolument à l'appliquer. Quand j'ai une idée en tête, je VEUX la mettre en œuvre, lui donner corps. Quand j'ai une idée en tête, ceux qui pensent qu'elle ne peut aboutir doivent me fournir de bons arguments pour me dissuader de la concrétiser. Sans cela, seule mon expérimentation pourra me convaincre, non pas que j'ai échoué, mais que je n'ai pas poussé mes réflexions assez loin, que j'ai été trop pressé, trop impatient. Une tentative ratée n'est qu'un pas de plus vers une nouvelle méthode, vers un nouvel essai, puis un jour vers la réussite. Et quand bien même le problème me resterait insoluble, il ne le serait que par ma frustration de passer trop de temps sur ce que je pressens pourtant si simple, à ma portée, et je m'en détournerais, faute de vouloir prendre le temps de retourner sur les bancs de l'école pour acquérir les connaissances qui me manquent alors. J'irai chercher un autre problème à résoudre, un nouveau challenge pour mes neurones.

Je suis quelqu'un de réservé. La liste de tout ce que j'aime en moi va donc être courte.

J'aime en moi mon intelligence, pas la meilleure, mais une intelligence quand même efficace et qui aime travailler. J'aime réfléchir, examiner, comprendre, puis maitriser, développer, innover. Le négatif est que j'ai parfois du mal à faire simple, et que justement, je ne trouve pas une solution à un problème qu'un bon sens enfantin résoudra en quelques secondes.

J'aime ma confiance en moi. Elle me permet de ne pas craindre d'être dépassé par mes propres idées et réflexions, et surtout, de les assumer comme étant bien les miennes. Le négatif est que je suis naturellement stressé. Mon corps est constamment sur le qui-vive (à chaque vaccination, on me demande de me détendre, car les docs me trouvent anormalement tendu en me prenant l'épaule – et ce n'est pas la piqûre qui me fait peur), nerveux, et j'ai énormément de mal à me laisser aller, à lâcher prise, à confier le contrôle à quelqu'un d'autre. Je passe facilement pour un sale con qui ne sait pas se détendre.

Mais j'aime aussi mes yeux. Alors, en fermant ma gueule et avec quelques verres d'alcool (pour moi ou pour la personne en face, au choix), il m'arrive parfois de passer pour quelqu'un de bien et d'être supportable.

mercredi 6 janvier 2016

Un défi ou un écrit #1 - Ma p’tite liste pour 2016

 


Thème "écrit Semaine 1" (sur un projet de Agoaye)


Cette semaine, il est hors de question pour moi d’envoyer mes vœux à toute une flopée de gens qui n’a de famille que l’arbre généalogique.
Si je commence à mettre par écrit tout ce que j’aurais envie de dire à telle ou telle personne, je me connais, je finirai par tout supprimer parce que je deviens trop méchant ou ne réussirai pas à être assez gentil (quoi que cet article de l'été 2013 aurait répondu au défi, mais il n'a pas la nouveauté requise).
Enfin, si je n’ai pas répondu à un courrier quelconque depuis plus d’un mois, c’est que je n’ai rien à y répondre.
Bref (oui, bref, malgré ces lignes déjà écrites – mais si vous ne me connaissez pas, allez lire les autres articles de mon petit blog, j’écris rarement, mais longuement), bref, disais-je, les défis de la semaine ne m’inspirent pas. J’ai donc pris mon courage et ai récupérer dans un vieux coffre poussiéreux mon équipement de spéléologue afin d’aller chercher dans les tréfonds de mes neurones un petit morceau de motivation pour me (re)mettre à écrire "un peu".

Sans savoir que je serai amené à la publier, et pour votre plus grand malheur la commenter, j'avais déjà élaboré ma p'tite liste pour 2016. Puis je l'ai déchirée. Puis j'en ai refaite une, que j'ai froissée. La suivante n'a pas eu d'existence réelle, puisque faite sur une note de mon téléphone, je ne l'ai même pas sauvegardée en fermant l'application. J'ignore ce que sont devenues les quatrième et cinquième listes, mais l'une des deux doit encore trainer dans une marge d'un magazine d'une salle d'attente. La sixième, enfin, je l'ai sous les yeux, et je tente de la déchiffrer, car ma propre écriture est un mystère pour moi. Je vais la recopier ici pour respecter la consigne d'Agoaye. La scanner n'aurait aucun intérêt, du moins tant que le thème n'est pas "hiéroglyphes".

Voici donc (tadadam – bruit de petites trompettes) :

Ma P'tite Liste Pour 2016, écrite et commentée par moi (les numéros ne portent aucune notion de priorité, juste une quantité)

1 : Suivre des cours de musique.
J'ai toujours eu le fantasme de maîtriser une de ces bêtes sauvages qu'on nomme "instrument de musique". Depuis environ 5 ans, je possède une basse qui, faute de courage pour m'y adonner seul avec un cahier d'apprentissage, dort environ 363 jours sur 365. Les tarifs pratiqués m'ont aussi longtemps empêché de m'inscrire à des cours. Mais j'ai appris que certaines communes possèdent leurs propres harmonie ou conservatoire local et que les prix sont en général bien plus abordables. Et miracle ! Dans ma ville actuelle, un conservatoire propose des cours de basse. Je me suis retrouvé la première fois devant des locaux vides, mais j'y ai récupéré les coordonnées. A priori, je devrais attendre la prochaine rentrée en septembre pour débuter un cycle, mais je vais confirmer cela dès que j'ai du temps pendant les heures d'ouverture.

2 : Aller au moins 5 fois au cinéma dans l'année.
J'adore aller au cinéma. Mais j'aime aussi beaucoup être présent à la maison quand je ne travaille pas ou que je ne suis pas parti en weekend avec mon club de sport. Et comme je suis du genre à vouloir profiter du film, je préfère me rendre dans des salles bien équipées, bon son, belle image, confort et tout et tout. Dans ma ville actuelle, il y a un conservatoire, et il y a aussi un cinéma (enfin, une salle de cinéma). Cependant, l'aspect extérieur de la salle ne me fait pas envie, et la programmation affichée non plus. Donc, quand je veux me faire un film, d'une part, je choisi un film qui mérite le grand écran (une comédie sera toujours aussi drôle/nulle à la télé, si toutefois elle est drôle/nulle), et donc d'autre part je me rends à la vraie ville d'à-côté, à trente minutes de train, et la prochaine fois à trente minutes de plus de bus/tram, car je veux filer sur un multiplexe un peu éloigné de la gare (le cinéma où je me rends est bien, sauf le confort des fauteuils, pas moyen de se poser la tête, j'aime pas trop), pour trouver une salle digne du plaisir que je veux retirer à me vider la tête. Le Cinéma, donc, pour moi qui y allait quasiment tous les jours il y a 10 ans, est devenue une rareté qui me manque. D'où cette volonté de m'en faire au moins 5 cette année.

3 : Emmener mon fils au moins 2 fois à Paris.
Il adore Paris, parce qu'on peut aller voir la Tour Eiffel en vrai. Et même monter dedans. J'ai la chance de pouvoir rejoindre la capitale en moins de 2 heures depuis la fermeture de la braguette après le pipi du départ, et de rentrer avant la nuit, alors je vais en profiter pour lui nous faire plaisir.

4 : Garder tout seul mes enfants au moins 3 fois dans l'année.
Ça, ce n'est pas ma résolution pour tester mon courage de papa à assumer sa marmaille, mais ma volonté de permettre à leur maman de s'offrir des breaks d'un weekend ou plus à ne penser qu'à elle, à ne pas se soucier de nous, à ne pas être réveillée par autre chose que son rythme naturel, … enfin, voilà, vous pouvez imaginer tout ce que vous pourriez faire le temps d'un célibat retrouvé, je lui offrirai ça, au moins trois fois cette année.

5 : Placer sur les comptes d'épargnes entre 1/4 et 1/3 de mes revenus.
Et se renseigner en parallèle sur les différentes possibilités de financement pour un achat immobilier l'an prochain ou le suivant.

6 : Convaincre ma femme de m'aider dans ma résolution n°7.

7 : Réaliser un max de mes fantasmes sexuels.
Parce que je suis et resterai cette année encore un homme.

Bonne année à toutes z'et tous ! Et bon courage dans la tenue de votre propre petite liste (autres publications liées au projet disponibles sur : le projet d'Agoaye)

vendredi 2 janvier 2015

Il y a 20 ans et quelques (rétrospective 1994-2014)

- 1994, je passais mon BAC (Je l'ai obtenu sans mention, j'ai du avoir 11,75 ou un peu moins, moyenne plombée par des notes entre 4 et 7 en Français, Histoire-G et Philo). Les finances familiales ne m'ont pas donné accès à un internat pour poursuivre mes études. De toute manièred'entretiensis pas dans quel domaine j'aurai voulu continuer. Cette même année, j'ai eu mon permis, récompense pour la réussite au BAC.

Il y a 20 ans aussi, mais un peu moins :
- 1995, j'ai tenté le concours pour être militaire, solution de facilité, mais le milieu ne m'étais pas totalement inconnu. Et puis de toute manière, un BAC général ne permet pas beaucoup d'ambition professionnelle. J'ai été reçu en école de sous-officiers.

- 1996, fin de ma formation initiale : engin amphibie. Si par la suite j'ai acquis les compétences équivalentes aux plus gros bateaux fluviaux, cela ne m'a jamais donné les permis qui vont avec. Dommage.

- 1997-1998, au cours de cette saison, j'ai intégré une petite troupe de théâtre amateur. Une seule saison, car la disponibilité demandée par l'armée ne me laisse pas de temps suffisant pour continuer. Ça a été l'occasion de grandes amitiés, estompées par la suite à cause de mon départ, mais dont j'ai toujours la trace, heureusement.

- 1999, je m'inscris à un stage de découverte du parachutisme sportif. La méthode de sauts successifs en ouverture auto ne me convient pas. J'ai fait mes 10 sauts du forfait et n'ai jamais recommencé.

- 2000, mon métier me permet de passer 4 mois à La Réunion. J'ai adoré ce petit séjour, cette petite île où toutes sortes de paysages sont accessibles en moins d'une heure de voiture. Je passais mes moments de repos à St-Gilles avec quelques collègues. J'ai découvert cette année le groupe de métal NightWish, dont je suis immédiatement tombé amoureux.

- 2001, Rien de notable.

- 2002, à l'automne, je suis en stage à Angers. Je profite de la salle informatique pour passer mes soirées sur un salon de discussion Internet où je croise tous les jours une gamine de 10ans ma cadette, mais avec laquelle j'ai un très bon feeling. Elle s'appelle Julie. Ça fait du bien de discuter sérieusement de conneries et de délirer sur les choses graves. On cause, on flirte. On se croise une fois en vrai, puis la seconde fois, on prend le temps de discuter un peu. On se quitte comme des cons sans même avoir osé s'embrasser, pour ne nous retrouver qu'après 31 mois de relation à distance.

- 2003-2005, je passe deux années à l'autre bout du monde. Le chef y est tellement con que je demande à rentrer au bout de la première année. Refus de la hiérarchie, mais je change de service. Je tombe alors avec un supérieur que tout le monde considère comme une peau de vache : un des meilleurs chefs que j'ai jamais eu !

- 2005, je passe 10 jours en Nouvelle Zélande avec mon club de sport. 10 jours de courses et tourisme dans le plus agréable pays dans lequel j'ai mis les pieds. Je me suis promis d'y retourner un jour, mais je n'ai jamais planifié de date pour ça.

- 2005 toujours, je rentre en France métropolitaine, dans la ville même de cette gamine qui m'a attendu. On se retrouve et on ne se quitte plus.

- 2006, on s'installe dans notre premier appart.

- 2007, on se marie.

- 2008-2009, on s'aime. Un tout petit bébé décide qu'après 15 jours dans l'utérus il n'est pas assez bien parti et s'en va rejoindre les anges.

- 2010, un nouveau chef à la caserne me donne la nausée : je quitte l'armée et emmène Julie à plus d'une heure de route de sa ville, qu'elle quitte pour la première fois aussi longtemps.

- 2010, tandis que le processus de reconversion me permet de suivre une formation d'électricien, Julie engage une formation de bébé. Celui-ci se sent bien dans cet utérus tout équipé.

- 2011, nous sommes parents !

- 2011-2013, après mon CAP et quelques mois d'intérim, je reprends une formation pour préparer un BTS en électrotechnique. Formation en alternance, donc à moitié bien faite. Si l'entreprise ne m'apporte rien d'utile, mes profs en formation académique sont au top et me permettent d'obtenir la meilleure note de mon académie (16,72, avec 14 en français !). Pour ces deux années, j'éloigne encore Julie de sa région, à 600km cette fois. J'en pleure à sa place de lui faire quitter une si grande partie de sa vie.

- 2013, nous faisons connaissance avec notre 2ème garçon.

- 2014, je ne suis pas resté dans l'entreprise qui s'est foutue de la gueule de ses alternants. Je passe 9 mois de chômage à me voir refuser des postes pour manque d'expérience (Merci l'alternance foireuse !), mais une de mes candidatures est retenue. Je passe plein de tests et d'entretien puis je suis embauché comme technicien supérieur de maintenance en sous-stations pour la SNCF.

En clair : 
- 2015, si je réussi la formation interne pour adapter mes compétences au domaine spécifique de la Haute Tension et de la Traction Electrique Ferroviaire, je serai de ceux qui se démènent pour qu'il y ait toujours de l'électricité dans les caténaires (tant que ça ne met personne ni rien en danger, bien entendu).

- 2015, encore une fois, j'impose un déménagement à ma famille. Lassée par le manque de considération dans son boulot, Julie décide, pour me suivre, de prendre un congé parental.


20ans après le BAC, je vais entamer pour 2015 une seconde carrière professionnelle. Les premières années ne seront pas simples, du fait d'un contexte particulier dans le service qui va m'accueillir, mais aussi d'une formation interne très rapide et très incomplète, couplée à un processus d'intégration peu pragmatique. Je vais arriver responsable d'une équipe de cheminots en place depuis plus de 15 ans. J'aurai au moins aimé apprendre le boulot avec l'équipe qui me sera confiée, afin qu'on apprenne à se connaitre professionnellement, qu'on apprenne à travailler ensemble, qu'ils m'apprennent les subtilités de l'équipe et que je leur montre ma volonté de maitriser les choses, mais ce n'est même pas le cas. Ils connaissent le boulot parfaitement et l'un d'eux aurait du prendre le poste qui m'a été donné. Les circonstances et les humeurs de part et d'autre ont fait que la hiérarchie leur a refusé cette promotion. Que cela se déroule bien ou pas pour moi (je comprendrais parfaitement que le ressentiment de l'équipe pèse sur moi), je crains que cela ne se passe pas bien du tout pour l'équipe en général. Les chefs gagnent toujours, et puisqu'ils ont décidé d'emmerder l'équipe, ils le feront. Je pense qu'ils sont bien partis pour y arriver. Qu'ils le fassent exprès ou pas, tout se déroule comme s'ils voulaient que ça ne se passe pas bien.

Envoyez-moi vos bons vœux, je vais peut-être en avoir besoin.


lundi 29 juillet 2013

Je ne dois rien à l'entreprise.

Vous, Monsieur mon patron (sur la papier tout du moins) de cette petite PME d'un grand groupe qui ne sais pas qui est cette entreprise, je ne vous dois rien.

Vous ne m'avez apporté que le strict minimum là où vous aviez la possibilité et le pouvoir de me fournir des moyens à la hauteur du travail que je suis capable de fournir.

Il y a deux ans, vous m'avez assuré qu'il n'y avait aucun problème pour former des BTS dans votre entreprise. Vous m'avez assuré que je pourrais passer du temps dans le bureau d'étude pour y apprendre les outils et procédures utilisés par le technicien supérieur que je devais devenir à l'issue d'un contrat de professionnalisation. Vous m'aviez alors délibérément menti. Vous saviez déjà que jamais je ne mettrais les pieds au bureau d'étude de votre entreprise. Vous aviez déjà votre argument : l'intitulé du poste inscrit sur le contrat de professionnalisation. Monteur-câbleur aura été mon métier pendant les deux années durant lesquelles j'aurais du apprendre à être un technicien supérieur. Vous saviez parfaitement ce que vous faisiez. Vous saviez parfaitement que vous restiez dans le flou que permet ce contrat d'alternance : vous m'avez fourni un métier en rapport avec le diplôme et une formation. Le rapport est l'électricité, bien que je n'ai rien appris de plus dans votre atelier que ce que je savais déjà faire depuis mon CAP, et vous ne m'avez jamais empêché de me rendre aux cours de mon centre de formation, et c'est là votre manière de me former. Vous même, que ce soit à titre personnel ou par délégation auprès d'un de vos techniciens ou encore dans une équipe supervisée par un de vos ingénieurs, vous ne m'avez rien appris.

Après deux années d'alternance pour préparer un BTS Électrotechnique, je ne sais toujours pas comment s'organise une équipe autour d'un projet. Je ne sais pas comment se répartissent les sous-études, je n'ai réalisé pour vous aucun dimensionnement (en dehors de mon seul pitoyable projet d'examen), je n'ai jamais eu l'occasion de réaliser un schéma sur logiciel, vous ne m'avez jamais envoyé sur un chantier, même pas comme exécutant, où j'aurais pu apprendre par l'observation et l'exemple de techniciens expérimentés.

Après deux années de contrat de professionnalisation, par votre arnaque, par vos mensonges, je ne me sens pas professionnel. Je ne suis qu'un débutant parmi d'autres jeunes diplômés qui sont sortis du cursus direct d'un lycée.

Pendant deux ans, tout ce qui vous a intéressé, c'est un ouvrier qui bosse aussi bien que les autres, mais qui ne vous coûte qu'un smic et vous apporte plein d'avantages divers. Vous vous permettez la même arnaque en acceptant des stagiaires et en les faisant câbler vos armoires alors qu'ils sont dans une filière électronique, et non électrotechnique. J'ai peur pour les prochains alternants, qui vous font confiance pour les aider à réussir leur BAC Pro ELEEC. Je sais déjà que vous ne leur donnerez aucune responsabilité et qu'ils ne verront rien d'autre que votre atelier.

Il y a deux ans, vous m'aviez dit que prendre des alternants en BTS était un investissement. Vous vous êtes trompé de mot ce jour-là, vous vouliez sans doute dire que c'était une économie. Vous avez aussi sans doute eu le même discours avec mon autre camarade alternant.

Si vous aviez voulu investir dans des techniciens supérieurs, vous vous seriez intéressé à eux. En deux ans, ni vous ni aucun de vos manager ne m'a jamais demandé si "ça se passait bien". Si vous aviez voulu investir dans des techniciens supérieurs, vous vous seriez intéressé à ce qu'ils apprenaient, et s'ils le faisaient bien. Si vous aviez voulu investir dans des techniciens supérieurs, vous leurs auriez appris leur futur métier et les méthodes-maison de votre entreprise et du groupe industriel auquel elle appartient. Si vous aviez voulu investir dans des techniciens supérieurs, vous les auriez mené au succès. Un de vos alternants a échoué. Donc vous avez échoué. Vous et votre entreprise n'avez pas les moyens de former des BTS. Pourtant, "il y a deux ans, vous m'avez assuré qu'il n'y avait aucun problème pour former des BTS dans votre entreprise."

J'ai obtenu mon diplôme, et même très bien obtenu, finalement. Ce n'est pas à vous que je le dois. Si vous étiez pour quelque chose dans ma réussite, vous auriez aussi mené mon camarade au diplôme.

Il y a deux ans, je me disais que si j'obtiens mon diplôme grâce à ce que j'aurais appris pendant mon alternance je rendrais ce qu'on m'a donné et demanderais à travailler pour votre entreprise. Mais voilà, vous ne m'avez rien appris. Donc je ne reste pas.

En début de seconde année de BTS, un de mes formateurs, face à mon désespoir de ne pas me voir confier des tâches utiles à l'apprentissage du métier pour lequel je préparais un diplôme m'a dit que "souvent les étudiants à qui on ne confie pas de boulot intéressant sont ceux qui ne le méritent pas". Je peux vous assurer qu'il est depuis revenu sur ses propos me concernant.

De 16/20 à 18/20, ma moyenne générale sur les quatre semestres de mon alternance a toujours été croissante. Physique Appliquée, Génie Électrique et Mathématiques montent jusqu'à 19,5, 18,5 et 20 de moyenne.

Il y a trois ans, je ne connaissais rien à l'électricité et débutais une formation pour obtenir un CAP. Je viens d'obtenir un BTS avec une note finale de 16.72/20, ce qui me place en tête ma session.

Quel dommage que je sois tombé dans une entreprise si prestigieuse que mes résultats ne me rendent pas dignes d'être employé dans son bureau d'étude ! Pourtant, je peux vous assurer que j'aurais fait l'affaire, et quitte à me payer au smic, entre le salaire d'un câbleur en atelier et celui d'un technicien en BE, vous auriez été gagnant à m'y envoyer.

Monsieur mon patron, ni à vous, ni à votre entreprise, ni au groupe que vous représentez, je ne dois rien.

Je n'ai pas compté sur vous pour réussir, et je crois que j'ai bien fait.

jeudi 17 janvier 2013

Péter un câble. Une histoire d'écureuil.


J'envisage tous les jours depuis plusieurs mois déjà de mettre fin à ma formation avant de péter un câble, avant de gueuler une fois de plus sur mon fils. Avant de commencer à gueuler sur sa mère pour savoir qui va sortir le chien, avant d'en frapper un de fatigue et colère accumulées. Avant d'éclater la gueule à un connard qui veut encore m'expliquer comment on fixe un disjoncteur dans une armoire électrique. CE N'EST PAS LE BOULOT QUE JE VEUX FAIRE ! J'en ai fait le tour du montage/câblage, et j'en ai ma claque d'attendre qu'on me montre enfin comment fonctionne un bureau d'étude !

Au cas où je tiendrais malgré tout jusqu'à la fin du contrat (j'ai planifié mes congés afin de ne jamais passer plus de 2 semaines d'affilé dans la boîte qui se fout de ma gueule), je vais me présenter à mes épreuves orales, mais sans effort, je m'en balance et ne compte que sur les épreuves écrites où je me démerde bien pour avoir des points (il me suffirait d'un 14 de moyenne sur ces épreuves pour compenser), parce que là je m'amuse et surtout, on a un dossier à étudier. Si le jury est assez con pour me trouver convaincant dans mon rôle de "technicien qui présente les études techniques qu'il a faites" et me donne au moins 5 points aux oraux, j'ai peut-être une chance d'avoir mon diplôme. Même avec un 9,9 je l'aurais, j'ai des excellents bulletins et une moyenne à plus de 17/20 depuis un an et demi, alors ça passera. J'espérais il y a encore 6 mois un diplôme avec mention, des habilitations électriques à jour et un peu d'expérience en technicien de bureau d'étude, mais je sais que je n'aurais rien de tout cela cet été et ce sera en fait 3 trous dans mon futur CV et autant de désavantages face aux autres postulants devant un recruteur.

J'ai toujours fait mon boulot, très bien fait même, je me suis hissé à un niveau pas trop mal pour un ancien militaire qui ne connaissait rien à l'électricité il y a trois ans à peine et qui n'avait qu'un CAP dans le domaine avant de débuter son BTS. Mais apparemment je ne suis pas assez prometteur et ne suis bon qu'à rester ouvrier en atelier.

Ma boîte doit vraiment être au top pour qu'elle ne juge pas intéressant de placer un étudiant qui a 17/20 à un poste pour lequel elle est censé le former : technicien supérieur en électrotechnique. Après un an et demi de "formation", je ne sais toujours pas comment un bureau d'étude interprète une demande client, j'ignore tout de la manière dont une équipe distribue les tâches entre les techniciens, je n'ai aucune idée du moindre logiciel d'aide à la conception de systèmes électriques. Depuis un an et demi, je n'ai toujours rien appris d'utile qui me permette de me sentir devenir un professionnel. Un comble pour un contrat "de professionnalisation".

Au cours de ma première année, ça se passait tellement bien et j'assimilais si facilement les nouvelles notions que je me suis renseigné pour poursuivre par une licence pro. Bac +3 allez ! Et puis je me suis dit que la licence serait plutôt limitative. J'ai espéré trouver un CDI pour au moins 3 ans et intégrer une école d'ingénieur. à cause de ma boite qui m'a complètement démotivé, j'envisage maintenant d'arrêter mon BTS. Je suis à deux doigts d'aller chercher un CDI, seul statut de contrat qui me permettrait de démissionner. A deux doigts !

J'ai titré péter un câble parce que je ne supporte plus personne et que je viens de pleurer dans les bras de mon fils en m'excusant de l'avoir engueulé.
J'ai titré péter un câble parce que je me rapproche dangereusement de la dépression. Je le sais parce que j'ai versé des larmes 2 fois aujourd'hui. Une fois ce soir parce que j'ai fait pleuré mon fils, mais aussi une fois ce matin sur la route du boulot.

Ce matin, j'ai chialé un voyant un écureuil, un pauvre écureuil complètement paniqué parce qu'il ne savait pas quoi faire de son copain qui sautait avec lui deux secondes auparavant et qui restait maintenant allongé en silence et parcouru de spasmes sur une route de campagne.

dimanche 6 janvier 2013

Pas de résolutions pour 2013

Bonjour les lectrices !

Je sais que personne ne m'en veut de ne pas avoir écrit depuis longtemps, alors je ne m'excuserai pas pour mon silence prolongé. J'suis comme ça ! J'ai sans doute plein de choses à dire, mais je ne sais jamais comment les dire. Alors je n'ose pas écrire sur un coup de tête, par peur de passer pour encore plus caractériel que je ne suis réellement. Et puis plus je réfléchis aux sujets qui me préoccupent, plus ça prend forme en moi et moins je ressens le besoin d'écrire mes pensées. C'est con hein ? Donc en fait je ne sais toujours pas comment publier sur mon blog, si je dois faire de petits articles coup de tête, comme ça, tous les 2 à 3 jours, ou si je dois planifier des sujets qui me tiennent plus à cœur et y consacrer quelques heures pour planifier des articles hebdo plus élaborés... Et avec mes oraux de BTS qui approchent et qui s'annoncent catastrophiques, ça ne va pas me remonter le moral suffisamment pour que mon cerveau se mette en marche pour écrire plus fréquemment. Enfin bref, peu importe, je blogue comme je suis et puis faudra faire avec.

Avec la nouvelle année qui vient de commencer, je suis un peu étonné de ne pas avoir vu encore trop de statuts FB ou d'articles de blogs nous faire étalage des traditionnelles résolutions que chacun est censé prendre à partir du 1er janvier, 00h00. L'humanité aurait-elle fini par se rendre compte qu'elles sont plutôt une prise de conscience de nos mauvais côtés qu'on voudrait cacher mais qu'on n'a pas envie d'arrêter ?

Moi, pour 2013, je n'ai pas pris la moindre résolution. Je ne suis pas résolu, je ne me suis pas résolu, je n'ai pas pris de décision irrévocable qui me changera pour toujours. Par contre, je veux bien me fixer quelques objectifs raisonnables, une liste de "choses à faire en 2013" comme d'autres font une liste des trucs à réaliser avant d'atteindre tel âge ou avant l'été.

Professionnellement, j'ai envie de tenir le coup jusqu'à la fin de ma scolarité. Ma réelle envie est de laisser tomber et de quitter la boîte de merde qui s'est permise de me promettre de m'amener au diplôme mais qui dans les fait me fait perdre mon temps et m'envoie peut-être à l'échec tant elle ne me fournit pas de matière concrète pour mes épreuves orales. Au lieu de passer 5 semaines à temps plein avec des techniciens confirmés sur la préparation de ces épreuves qui représentent quand même 1/3 de mes coefficients, je ne dispose que de 2 à 3 heures par jour, à domicile, seul avec mes recherches Internet, à essayer de comprendre le fonctionnement du système que je dois maîtriser parfaitement pour le jury. Les deux phases les plus compliquées vont sûrement être la partie "coût du projet", puisque je n'ai pas les moyens de demander le moindre devis au moindre fournisseur, et la partie "réalisation du projet", ma boîte n'étant pas un modèle en matière de respect des normes de sécurité, ça va être compliqué de camoufler les dysfonctionnements sur les photos.
Professionnellement toujours, je quitterai cette boîte à la fin de mon contrat. Même si on me propose (enfin !) un poste en accord avec mes compétences, même si le salaire est très intéressant, je ne resterai pas dans ce groupe industriel sans avoir cherché ailleurs.
Pour finir le professionnel, j'espère pouvoir trouver un boulot qui m'intéresse dans ma ville ou dans l'autre ville importante du coin, celle qui est à 1 heure de train. Actuellement, je perds 1h30 par jour en trajet routier pour aller m'emmerder toute la journée. 1h30 que je pourrais passer, au mieux à la maison en attendant d'embaucher, à défaut à travailler ou me reposer dans un train dont je ne serais pas le conducteur. Donc un boulot près de la maison, ou accessible en moins d'1 heure de transport en commun, voilà ce que je veux.

Socialement, je veux assurer ma fonction lors des diverses organisations de courses d'orientation auxquelles je vais participer avec mon club et ma ligue et surveiller les opportunités qui s'ouvrent à moi dans ce sport. Je devrais participer bientôt à une formation assurée par les instances fédérales qui m'assurera une connaissance supplémentaire des plus intéressantes et qui me sera utile pour une organisation de niveau national en 2014. Une des prochaines grosses épreuves pour laquelle je dois officier aura lieu à une date proche de la naissance de mon prochain enfant et j'espère qu'il restera encore un peu au chaud et ne voudra pas venir trop tôt. Mais bien entendu, j'ai aussi des objectifs envers ma famille.

Familialement, je veux continuer à lui assurer une vie confortable. J'ai quitté mon ancien boulot pour ça, car pour moi une vie de famille ne se vit pas à distance, ni dans le veuvage (on rejoint l'objectif de trouver un nouveau boulot intéressant après ma formation, car le chômage non plus ne me semble pas l'idéal pour soutenir ma famille [ou alors Julie décroche un CDI bien payé avant moi et je me mets père au foyer !]).
Je veux continuer à maîtriser mes défauts pour rester supportable et pour ne pas faire fuir Julie. Dans cet objectif, je veux m'assurer quelques soupapes pour décompresser, quelques moments de calme ou de passion, seul ou en couple, des sorties cinéma, restau, weekend touristiques pour se ressourcer plus ou moins loin du quotidien.
Je vais continuer ma grille de loterie. C'est pas que j'aime le fric, mais on doit passer par lui pour tout et n'importe quoi. Gagner ne dépend pas de moi, mais je sais déjà quels seront mes nouveaux buts dans la vie si cela arrivait.

Je ne me fixe rien sportivement. Je me connais, je ne m'y tiendrai pas sans entraînement régulier et facile d'accès dans une structure organisée. Je n'irai jamais faire un simple footing seul le soir ou le weekend, ça m'emmerderait trop. Pareil pour un tour en VTT. J'aime courir. J'adore courir même ! Mais je n'ai aucune envie de le faire seul sans but. Mes courses sont celles qui sont organisées et accessibles ; elles sont donc trop rares pour me maintenir à un bon niveau et mes muscles me le font savoir à chaque compétition. C'est peut-être le seul truc que je regrette de mes années militaires : faire du sport sur les heures de boulot, parce que s'entretenir fait partie de ce boulot.


Voilà. Ce ne sont pas vraiment des résolutions, ce mot est trop fort pour ces petites décisions. Des résolutions, ce sont des changements forts dans une vie : arrêter définitivement un truc, en commencer fermement un autre, reprendre contact avec des gens à qui on n' a plus donné de nouvelles depuis plus de 10 ans, déménager loin sans rien dire à personne... Mes décisions à moi ne sont pas aussi radicales. Mes décisions je les avais avant la nouvelle année et je les aurais encore jusqu'à leur réalisation pour certaines, jusqu'à ce que j'abandonne pour d'autres. Je n'ai aucune honte à abandonner ce qui est voué à l'échec et devient trop couteux à poursuivre.

Je n'ai pas pris de résolutions pour 2013. Mais j'ai des envies fortes. Toutes pour me sentir le mieux possible dans ma peau et ainsi être un mari et un père agréable à sa famille.

Ma petite famille (Le sexe des enfants n'est pas contractuel)(celui des animaux non plus)

mercredi 5 décembre 2012

La nuit dernière, Julie a pleuré.



Elle a versé ces larmes rares qui accompagnent les encore plus rares moments de pur bonheur que nous ressentons parfois. Julie a pleuré de voir notre fils se blottir contre elle pour se calmer de son mal-être de la nuit. Julie a pleuré de ce câlin qu’il lui a fait, à elle, mais aussi au petit être dont il sera le grand frère. Julie a pleuré de joie en pensant à cette famille, SA famille.
En général, quand notre garçon passe une mauvaise nuit et a besoin d’être rassuré pour se rendormir, c’est Julie qui va s’installer dans le clic-clac avec lui. Ce n’est pas que je n’en ai pas envie, mais nous ignorons le temps qu'il mettra à se rendormir et Julie et moi avons préféré la solution la plus sage : favoriser mon sommeil avant l’heure de route qui m’attend pour aller au boulot le matin. Nous préférons tous les deux une maman fatiguée à un papa qui dort au volant. Donc, cette nuit-là, Julie est allée "dormir" avec notre fils et il s'est passé ce qu'elle a écrit.
Il devait vraiment avoir mal dormi puisque le lendemain en me levant, alors que j'entendais habituellement son râle de futur Mâle réveillé par mes bruits, il n'y avait que le silence. La porte de sa chambre était restée entrouverte, mais je n'ai pas osé aller voir mes amours et je les ai laissé se reposer encore un peu. J'ai allumé la télé en sourdine en prenant mon petit déjeuner seul dans le calme, puis me suis préparé pour filer. Mes anges se sont levés pendant ce temps et j'ai pu les embrasser tous les deux en les serrant dans mes bras. Julie m'a juste dit qu'il s'était endormi contre elle et j'ai ressenti une pointe de jalousie de ne pas être allé dormir avec eux. Mais j'ai tellement de câlins de mon fils que je peux bien laisser à Julie ce genre de petits moments.
Ce n'est qu'en milieu de matinée que j'ai appris quelles avaient été les émotions de Julie dans la nuit. Elle ne m'en avait pas parlé, et je pense que ça a été une bonne décision. Julie a eu raison de se garder ce moment de bonheur qui a été le sien pour elle toute seule.

La nuit dernière, Julie a pleuré du bonheur de construire sa famille.
Je sais bien que sans notre fils, sans notre second(e) enfant qui grandit en elle, elle n'aurait pas vécu ce moment. Je sais bien que son bonheur est très étroitement lié à ces deux vies qu'elle aura fabriquées durant de longs mois. Je sais bien que je ne devrais pas, mais je ne peux m'empêcher de me croire à l'origine de son bonheur. Je ne devrais pas penser ça parce que justement, je ne suis que l'origine du bonheur de Julie, mais pas la cause. Moi seul, j'ai plus souvent fait pleurer Julie de chagrin que de joie.

Je suis longtemps resté un enfant, un ado attardé, et plusieurs parties en moi le sont encore. Par exemple, je suis toujours cet enfant qui sait rester sage en attendant l'heure, mais qui devient insupportable si cette heure est dépassée et que rien ne se passe. Pendant très longtemps j'ai fait confiance à la parole des gens. J'ai eu de la chance jusqu'à récemment de côtoyer des gens honnêtes qui ne m'ont jamais déçu, mais deux personnes ont suffit en moins de deux ans pour changer cela. Tout au long de ma vie je me suis imaginé chevalier, héros de tout un peuple, puis star nationale, voire plus, idole de toutes les filles. Comme tout gosse, j'ai aimé faire plaisir à mes parents, puis donner une bonne impression autour de moi. Comme tout ado j'ai voulu impressionner les filles. Mais sans aucune audace pour les aborder, je n'étais qu'un playboy dans mes scenarii. Comme tout adulte, je me suis imaginé mari et père irréprochable. Comme tout le monde, je me suis trompé sur mon compte à tous les âges : je n'ai sauvé la vie qu'à un chat, je ne suis pas célèbre, je ne parviens pas à plaire autant que je le voudrais, je n'ai pas encore acquis assez de patience envers notre fils et j'ai trop souvent déçu ma femme.

J'ai plus souvent fais pleurer Julie de chagrin que de joie, mais la nuit dernière, Julie a pleuré du bonheur de voir sa famille exister et grandir. Notre famille. Et même si je ne devrais pas, j'ai besoin d'écrire que je suis la cause, l'origine, ce que vous voudrez, mais j'ai besoin d'affirmer que ce bonheur n'aurait pas pu exister sans moi. Que Julie n'aurait jamais pleuré comme ça si ça n'avait pas été moi, si ça n'avait pas été notre fils, si ça n'avait pas été nous, ensemble.

Julie m'a choisi moi. Elle m'a accepté pour époux et m'a choisit pour père de ses enfants. Julie sait tout de moi, et malgré tous mes défauts, elle a pleuré de bonheur en pensant à notre famille. Oui, c'est vrai, j'ignore si j'étais effectivement aux côtés de notre ainé et de son petit frère ou sa petite sœur dans les pensées de leur mère, mais je m'en fiche. J'ai promis que je ne rendrais pas Julie malheureuse et j'ai déjà échoué trop de fois.

Julie a pleuré de bonheur la nuit dernière. J'en ai pris conscience il y a plusieurs mois déjà, mais j'en ai la confirmation maintenant : je commence à devenir celui que j'ai toujours eu envie d'être.

La nuit dernière, Julie a pleuré.